Depuis 2020, le GIEE « Amélioration de la préservation des sols dans un système avec des cultures industrielles dans l’Artois » réunit 21 exploitations agricoles autour d’un objectif commun : concilier rentabilité économique, préservation des sols et qualité de vie. Rencontre avec son animateur, Eric Caron, technico-commercial chez UNEAL.

Un collectif né d’une volonté de faire évoluer les pratiques

Depuis plus de 30 ans, Eric Caron accompagne les agriculteurs de la périphérie d’Arras. Sur ce territoire marqué par les grandes cultures industrielles (pommes de terre, betteraves, légumes de conserve et céréales) les enjeux agronomiques sont nombreux.

Le GIEE, créé en 2020 à l’initiative de Jean-Claude Samain, agriculteur pionnier des pratiques de conservation des sols, rassemble aujourd’hui 21 exploitations. Un collectif resté stable depuis sa création, où se côtoient des agriculteurs déjà expérimentés en agriculture de conservation des sols (ACS) et d’autres souhaitant découvrir ces approches.

« La richesse du groupe repose sur cette diversité de profils. Les plus avancés partagent leurs expériences, leurs réussites mais aussi leurs difficultés, avec ceux qui souhaitent évoluer », explique Eric Caron.

Au-delà des aspects techniques, les agriculteurs du groupe partagent une vision commune de leur métier. Leur objectif est de trouver un équilibre entre:

  • la rentabilité économique des exploitations
  • la régénération et la préservation des sols
  • une meilleure qualité de vie et un équilibre entre vie professionnelle et personnelle.

Avec une moyenne d’âge de 35 ans, les membres du collectif souhaitent construire des systèmes agricoles performants mais aussi durables et compatibles avec leurs aspirations personnelles.

Quelles thématiques travaillez-vous ?

“On a commencé avec la réduction du travail du sol, Strip-till, semis direct. Puis on a mis en route la gestion et le pilotage de la matière organique avec des analyses de sol. On a aussi travaillé sur la gestion de l’eau : infiltration, érosion, date de destruction des couverts.
On fait des suivis agronomiques de parcelles pour voir l’enracinement, l’écoulement de l’eau. On suit 3 parcelles, dans des secteurs différents, toujours sur la base du volontariat.”

Aujourd’hui l’objectif et les préoccupations sont de concilier les cultures industrielles à fort enjeu économique et la préservation des sols.
“Ici nous sommes dans un secteur où il y a beaucoup d’irrigation. L’eau est une grande question. Aussi, on essaie d’aller sur des couverts végétaux qui couvrent les sols jusqu’en février, alors qu’avant en octobre on broyait tout. On mesure l’effet positif de cette pratique.
On teste des semis de betteraves en non labour après engrais verts, par rapport au classique labour du mois de novembre. On s’aperçoit que c’est : soit mieux, soit “pas plus mal”.”

Résultat: alors qu’aucun membre du groupe ne pratiquait le non-labour en betteraves il y a cinq ans, ils sont aujourd’hui près de la moitié à l’avoir adopté.

“Le labour est ancré dans les mémoires collectives, le changement de façon de faire n’est pas si facile. En non labour, il faut être très bon : il faut aller dans les terres quand elles sont vraiment “bonne à prendre”. Ce n’est pas réservé à tout le monde.
Quand on laboure, on a l’impression qu’un labour remet le sol en l’état alors que ce n’est pas la vérité. Les agriculteurs pensent que la charrue règle tout alors que ce n’est pas vrai. Ils ont peur des conséquences du non labour. D’une certaine façon, ils ont raison car elles vont être plus lourdes si c’est mal conduit: par exemple dans des mauvaises conditions météos. »

« A l’œil, en non labour, il y a des résidus végétaux qui sont moins flatteurs. En conséquence, il y a une inquiétude de comment vont se développer les betteraves alors qu’il y a des résidus, et aussi de ce que vont penser les voisins d’un champ qui n’est pas visuellement satisfaisant.”

Partager les résultats pour faire évoluer les pratiques

On communique régulièrement bien sûr, auprès de nos adhérents.
Par exemple au Techniday, une journée technique “vitrine” de la coopérative UNEAL, qui a lieu tous les 2 ans en juin, en alternance avec Terres en Fête.
En 2025, j’avais un stand GIEE où j’ai eu beaucoup de visites et de questions sur :
ce qu’est un GIEE, pourquoi l’avoir créé, est-ce qu’on peut y rentrer… plus sur la démarche collective que sur les thématiques traitées en elles-mêmes.”

Courant mai, les adhérents de la coopérative étaient invités à une matinée GIEE. Ils sont allés visiter une parcelle de betteraves en non labour, avec fosse pédagogique, et voir des pommes de terre avec un prébutage à l’automne.

Le tassement du sol, la préservation des sols, la réserve en eau sont des questions qui sont régulièrement posées par les adhérents de la coopérative. Les agriculteurs sont bien conscients que l’irrigation, c’est bien mais ça ne résout pas tout.

Chaque année, l’hiver, une journée est également organisée avec des interventions d’experts : tous les agriculteurs du GIEE sont présents. Par exemple, cette année, Sarah Singla est intervenue sur l’érosion et le tassement des sols.

Enfin, l’équipe des conseillers de la coopérative devrait s’agrandir bientôt avec une nouvelle recrue pour dégager du temps et encore mieux accompagner les adhérents sur ces problématiques.

Avez-vous une anecdote sympa à partager avec nous?

“Quand on a démarré le GIEE, notre premier essai était un essai de semis de colza en Strip-till. On est arrivé sur une parcelle de blé récoltée, paille broyée. On a commencé le Stripp-till, on a fait un aller-retour. C’était tellement moche qu’on est allé chercher deux déchaumeurs différents. On a fait des bandes. Au bout d’un mois, on est allé voir la levée du colza : à notre grande surprise, Le plus beau colza se trouvait précisément dans la bande travaillée uniquement en strip-till ! Personne n’aurait parié là-dessus au départ !”

Une anecdote qui illustre parfaitement l’esprit du collectif: expérimenter, observer et accepter de remettre en question certaines certitudes pour construire les systèmes agricoles de demain.

Contact: Eric Caron, UNEAL

Aperçu de la confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous offrir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre quelles sections du site Web vous trouvez les plus intéressantes et utiles.

Vous pouvez ajuster tous les paramètres de vos cookies en naviguant dans les onglets sur le côté gauche.